Tiez Breiz Tiez Breiz Maisons et Paysages de Bretagne

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Esprit d'une restauration
Compréhension et analyse de l'habitat

Ce stage vous est proposé dans le but de mieux appréhender la maison que vous venez d'acquérir ou que vous vous préparez à acquérir. Vous y apprendrez à ouvrir l'oeil, et le bon!...

Ce stage se décompose en 2 journées, la matinée en salle avec diapos ou tableau à feuilles, l'après-midi sur le terrain. Au final, nous aurons analysé 2 maisons différentes, 2 cas d'école en quelque sorte!

On commence par une mise au point de vocabulaire, sur les mots "restaurer", "rénover" et "réhabiliter". Si vous avez lu la page "Conseil(s)...", vous savez déjà de quoi il retourne!

Puis on attaque par l'ensemble des matériaux constitutifs d'une maison ancienne :

Voici quelques notes que l'auteur de cette page a rassemblées, avec les croquis dessinés sur place... Elles sont naturellement très incomplètes, le stylo s'arrêtant souvent pour écouter attentivement! Ou alors parce que tel ou tel point était déjà bien connu... Cette page n'a donc aucunement l'intention de retranscrire le contenu exact du stage, ce serait preque impossible tant il y a de choses... Vous aurez néanmoins ainsi une petite idée de ce qui s'y raconte, et, pourquoi pas, l'envie d'y aller?!

Que l'on ne s'y trompe pas, ce qui suit n'est pas une énumération de détails qui tendraient à montrer qu'autrefois, tout était mieux! Non! ce sont simplement des explications qui peuvent nous aider à ouvrir les yeux, à comprendre la logique de l'époque à l'oeuvre. Tel détail peut du coup prendre une saveur qui n'a pas de prix! En tout cas, cela doit nous aider à réfléchir avant d'entreprendre telle ou telle action (irréversible?) sur le bâtiment.


La terre

"terre" est un terme générique qui englobe le sable, l'argile et bien sûr la terre végétale. On peut même y inclure les pierres!

L'argile est tellement fine qu'un mm3 d'argile contient 3,5 millions de "grains"!
Nos maisons sont construites avec des pierres et de la terre (ou bien de la terre uniquement), et pourtant, elles sont encore là! Et pourtant, il n'y avait pas d'autre chose que la terre, pas de chaux en particulier!

Les roches

On s'imagine volontiers qu'en Bretagne, c'est le granite qui est le plus utilisé... et on a tort, naturellement! Car c'est le schiste qui est la roche la plus utilisée (plus de 70 %), abstraction faite de la terre. Le schiste se taille mal à priori, mais on y arrive quand même. Le granite est utilisé lorsque la pierre locale se taille mal. Les pierres de schiste sont parfois posées en "délit" (la "feuille" est verticale), et, de ce fait, peuvent s'éfeuiller de part l'action de l'eau, du gel... Il y a des schistes bleus, des schistes pourprés...

Sur nos toits, on rencontre parfois de l'ardoise mordorée, cela signifie qu'elles ont été extraites en surface, faute de moyens financiers. Petit détour historique : les ardoisières d'Angers ont racheté toutes les ardoisières du centre Bretagne, qui ont fini par fermer... Les faitages en ardoises sous forme de lignolets, en avez-vous déjà vus? c'est très élégant! Le pureau décroissant, savez-vous de quoi il s'agit? Le pureau est la surface visible de l'ardoise, en fait, on n'en voit que le tiers...

Le falun, au nord-ouest de Rennes (faluns de Quiou), est une pierre calcaire coquillier très tendre, utilisée pour faire de la chaux, mais aussi dans la construction. On l'utilisait en particulier pour des ornements (lucarnes ouvragées par exemple).

Le grès est un ancien sable consolidé. Il donne des moellons carrés peu aptes à l'obtention d'un mur qui se tienne, il faut donc l'associer à d'autres types de pierres.

Le pudding est un grès très grossier, un béton naturel en quelque sorte.

On apprend qu'il existe des parements naturels ou "de carrière", oxydés par des infiltrations d'eau, il se situaient le long d'une faille. Ces parements sont ensuite intéressants à repérer sur un mur...

Pour en revenir au granite, c'est le terme géologique désignant la roche magmatique grenue composée de quartz, de feldspaths et de micas, alors que le terme granit est utilisé par les carriers ou les architectes pour désigner toute pierre qui a du grain...

Les bois

Le menuisier était celui qui effectuait les menus travaux, par opposition au charpentier de haute futée, qui comme son nom l'indique, travaillait en forêt...

Il était logique d'avoir des linteaux en bois, car la pierre ne sait pas travailler à la flexion.

Aujourd'hui, les normes préconisent que le linteau soit capable de supporter toute la colonne de mur au dessus de lui, ce qui est absurde! Les linteaux en bois de nos vieilles maisons sont plus fins, mais sauf exception notable, ils suffisaient.

Un linteau en bois ne doit pas dépasser de l'aplomb du mur, il doit même être légèrement en retrait afin d'être protégé de l'écoulement de l'eau du mur. Aujourd'hui, on voit fréquemment le contraire...

Les pièces de charpente : vous apprendrez leur nom, et leur fonction, très important pour repérer l'origine d'éventuels désordres (typiquement, des murs poussés par une triangulation défaillante d'une ferme).

Les bois étaient presque toujours utilisés... verts! Il étaient d'abord repérés en forêt, à l'automne. On leur donnait un coup de harpon circulaire pour arrêter la circulation de la sève sous l'écorce, les bourgeons pompaient la sève présente dans le tronc. Ou bien, on abattait l'arbre sans l'ébrancher... La coupe se faisait soit à la lune montante, soit à la lune descendante, c'était fonction de l'essence. Aujourd'hui, on ne fait rien de tout cela!

Le tronc était soit simplement équarri à la hache, soit scié en 2 (section rectangulaire) ou en 4 (section carrée). De l'aubier pouvait être présent sur les coins. Naturellement, les troncs sciés ne présentent pas le même état de surface que le tronc équarri.

Les bois étaient sciés par 2 ouvriers charpentiers, en appui sur un autre tronc incliné, jusqu'à la moitié puis ils inversaient le bois en cours de coupe pour repartir de l'autre bout. Ainsi, on retrouve cela sur les bois sciés de nos charpentes : on voit clairement le trait de scie repartir dans un sens différent vers le milieu de la pièce de bois!

On savait utiliser le travail de séchage du bois pour renforcer naturellement tel assemblage : ainsi un bois de section rectangulaire se déforme de façon concave du côté de l'aubier, et donc de façon convexe du côté du coeur.


Cela se rencontre dans les charpentes, pour les entraits "noisés".

On ne cherchait pas à obtenir des sections constantes, afin de ne pas surexploiter inutilement la ressource. Comme la base des troncs était naturellement plus exposée à l'eau que la cime de l'arbre, on mettait le côté base du côté du vent dominant, au sud, et donc la cime au nord. On rencontre même des troncs qui se dédoublent, afin d'atteindre la longueur nécessaire, et alors, pas bêtes! ils s'arrangeaient pour que les 2 branches de la fourche encadrent une fenêtre, ainsi la poutre ne portait pas sur le linteau! astucieux tout de même...


On ne cherchait pas non plus à avoir des planchers parfaitement horizontaux, chose inconcevable aujourd'hui! Ainsi, on utilisait la section variable des poutres pour obtenir un plancher légèrement incliné, ce qui facilitait les choses pour le grain stocké au grenier. Cette caractéristique ne constitue donc pas un défaut de votre maison, qui aurait bougé on ne sait comment pour en arriver là!...

Le chêne n'est pas imprégnable, il est donc inutile de le traîter. Le chataîgner a très peu d'aubier. Il est inattaquable car il contient beaucoup de tanin. L'orme est très sensible à l'humidité.

Ci-dessus à gauche, on a su utiliser la courbure d'un arbre pour épouser le pied droit du mur, et rejoindre la poutre, laquelle ferme la ferme (!). On rencontre aussi un arbalétrier, associé à une jambe de force, les deux pièces sont solidarisées par un "blochet" (cette petite pièce horizontale qui fait le lien). Donc en cas de désordre du type mur qui a beaucoup de fruit, il faut aller examiner l'état des arbalétriers, de leur solidarisation avec la poutre, quitte à démonter quelques pierres du haut du mur...

Retour sur la construction

Le carré symbolise ce qui est construit avec raisonnement et méthode, donc le terrestre, ou le masculin...

Le rond symbolise ce qui est créé (donc le céleste), ou le soleil, donc un lien avec la nature, ou le féminin...

Une porte d'entrée en arc de plein cintre a souvent comme proportion un carré surmonté d'un cercle.

Maintenant, vous ne regarderez plus ce type de porte de la même façon!...

Les lucarnes se présentent souvent par deux : une dont le fronton est semi-circulaire, et l'autre triangulaire, avec les inscriptions ou les motifs, on peut essayer d'en comprendre le symbolisme.

Pour continuer sur les proportions des ouvertures, on utilise plusieurs systèmes :


Les arcs de décharge

Ils ne sont pas là pour faire joli, mais ils servent à décharger les linteaux qui sont immédiatement en dessous. On rencontre plein de variantes.

A propos de linteau, si sur une façade, vous rencontrez une pierre allongée avec les inscriptions à l'envers, ça n'est pas une erreur du maçon, mais cela indique que c'était une pierre de récupération, et qu'ainsi, on n'a pas voulu "tromper" le client ou les visiteurs!

Une pierre blanche (une quartzite) à hauteur d'homme à droite de la porte d'entrée est un symbole, celui de la lumière et de la connaissance...

L'esprit constructif

Autrefois, priorité était donnée à la terre et à son exploitation. En conséquence, pour la construction, il restait les zones difficilement exploitables, mais proches d'une source. Les zones où l'eau circule en souterrain, à travers des failles du terrain, étaient considérées comme nuisibles à la santé humaine. Si une maison devait être construite au dessus d'une source, on disposait la cheminée au dessus, les effets du feu et de l'eau s'annulant. Ceci peut expliquer qu'un jambage de la cheminée s'effrite... Il était en fait très difficile de trouver une zone sans perturbation, et le sourcier (aujourd'hui appelé géobiologue) cherchait une zone "libre", mais, vu que l'eau passait en réseaux assez serrés, on finissait par disposer la maison là où on pouvait, en ménageant le maximum d'espace "libre" à l'intérieur. En conséquence, les murs se trouvaient souvent placés au dessus d'une zone "perturbée" par l'eau, au dessus d'une faille, et les pierres du pied du mur étaient sensées compenser l'effet perturbant, par "court-circuitage"...

Conséquence de tout cela : les murs étaient susceptibles de pomper de l'eau, mais aussi d'encaisser des secousses sismiques, puisque construits sur une faille...

Un mur même intérieur (mur de refend) pouvait donc avoir son pied soumis à l'humidité. Une zone de marnage, fonction du niveau des nappes, est visible à hauteur d'homme typiquement, avec des pierres qui s'effritent, mais ni au dessus, ni en dessous. Des zones d'efflorescence sont également visibles, à cause des sels minéraux contenus dans la terre, véhiculés par l'humidité et qui se déposent en surface.

Tout ceci est facilement observable. Si de plus, on sait mettre en oeuvre des talents de sourcier (il paraît que cela est accessible à tout un chacun...), on peut vérifier que de l'eau passe bien sous un mur dégradé.

Les remèdes à ces désordres

Il faut se garder de vouloir absolument éliminer toute trace d'humidité, cela est impossible et est même nuisible pour les murs, qui ont besoin d'un peu d'humidité pour la cohésion du mortier d'argile. Il faut un équilibre, qui permet la vie.

Le drainage n'est justifié que si la maison est encaissée ET que l'on dispose d'un point bas d'évacuation, le plus loin possible. Il faut surveiller le niveau d'un puits s'il en existe un à proximité, et si le niveau monte très haut en saison humide, alors un drain peut être très utile pour réguler la nappe phréatique.

L'angle entre le pied du mur et le fond de la canalisation est en fait fonction de la nature du matériau. Il a été fixé comme suit : on a pris l'angle de "talus naturel" du matériau le plus meuble, le sable. L'angle de talus naturel est celui formé par un tas de ce matériau que l'on laisse se stabiliser. Donc cela signifie que si on a un terrain très dense et dur, on a de la marge... mais méfiance quand même, il ne faut pas s'amuser à aller chatouiller le pied de son mur de trop près! Pour les détails du drain, voir notre page sur ce sujet. A retenir : un drain doit être ventilé. Et aussi : l'exutoire du drain doit être très loin, et absolument indépendant de celui des eaux pluviales, le risque majeur étant que, par gros orage, le drain se transformera en réseau d'irrigation!!!...

Une maison à coyau ne possédait pas de gouttière. Le coyau est ce bas de toiture à la pente adoucie, signe qu'autrefois, la couverture devait être de chaume. Cela permettait à l'eau de gicler un peu plus loin...

Les enduits doivent être adaptés pour résorber tout ou partie de ces désordres observés au pied des murs. Seuls les enduits à la chaux naturelle peuvent apporter un début de solution. Il faut aussi savoir qu'un enduit à la chaux se dégrade en présence de l'humidité, car l'eau dissout le calcaire. Un entretien sera à prévoir, on l'admet bien pour le reste, les peintures par exemple. En attendant, pour assainir un mur humide, il faut faire un enduit à 2 couches, la première avec du sable à gros grains caverneux, la seconde avec du sable fin. On force l'évaporation par application du principe de capillarité, illustré par l'expérience suivante de la double éprouvette :

Ce principe peut être renforcé par l'utilisation de chaux hydraulique naturelle en sous-couche, et de chaux aérienne en couche superficielle. En effet, la chaux aérienne est plus fine, plus recouvrante que la chaux hydraulique (surface "blaine"). Pour les enduits à base de chaux hydrauliques naturelles, ne pas utiliser de classe de résistance trop élevée (NHL 5 par exemple), cela ne sert strictement à rien.

Les autres solutions techniques pour assainir un mur humide sont :


Nous arrêterons là le compte-rendu des détails techniques que nous avons appris, bien d'autres choses intéressantes ont été dites!...

Last but not least, nous avons également appris à regarder attentivement une maison, par le dessin de 2 façades. Le dessin n'est pas un but en soi, mais un moyen d'apprendre à éduquer son regard. L'expérience est très intéressante. Elle prouve qu'un examen rapide, voire une photographie, ne suffisent pas, tant s'en faut!
Nous avons donc passé du temps à arpenter une façade, de gauche à droite, en "mesurant" les hauteurs avec un stylo à bout de bras, pour effectuer un relevé à l'échelle, aussi précis que possible.

Voici un exemple de ce que cela peut donner :


Cliquer sur l'image pour l'agrandir (1024x779 pixels).

Et voici, pour que vous puissiez vous rendre compte par vous-même de la différence, la photo de cette même façade :


Regarder, constater, réfléchir
fait comprendre qu'une maison est un tout.
Que chaque partie, que chaque aspect a sa raison d'être.
Que le mur, que la lumière distribuée, que le plan, que les poutres, que les astuces, que l'ordonnancement des ouvertures, que le sens donné aux choses, sont tous absolument nécessaires et interdépendants.

Alors... à bientôt?!

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