Conseils : Comment traiter les sols intérieurs en
restauration
[mise à jour : mars 2008]
L'article suivant est extrait de la revue de l'association,
n°13, parue en
1994, sous la plume de Hervé Even.
Il explique et démontre, de façon
précise, comment la conception
"moderne" de la dalle n'est ni justifiée, ni judicieuse,
pour ce qui est du bâti ancien.
Pour simplifier, nous retiendrons qu'une telle dalle est trop
épaisse, coûteuse, et
qu'elle peut entraîner un surcroît
d'humidité dans le pied des murs.
Utile précision : aucun DTU ne précise
que l'ensemble du
complexe décrit ici est indispensable à la bonne
tenue de la construction, à celle des
sols ou encore au bien-être des
propriétaires...
Notons toutefois que l'analyse du sol, et l'analyse globale de
la maison n'aboutissent pas aux mêmes conclusions :
- si on ne considère que la terre cuite, il serait
préférable de mettre un plastique,
- si on considère l'ensemble de la construction,
il est préférable de ne pas mettre de plastique.
Cet article ne se veut pas une règle
générale applicable à toute
construction
ancienne. Il s'agit d'une base de réflexion
pour l'adaptation des
habitudes de construction contemporaine à l'habitat ancien
(les DTU étant généralement
applicables à celle-ci ; concernant l'habitat
ancien, s'il n'est fait usage que de
matériaux traditionnels, ils sont régis par les
us et coutumes).
Maison contemporaine sur terre plein
C'est le cas le plus proche de la plupart des constructions
anciennes. Nous remarquons que :
- le système de coupure de capillarité
se poursuit sous l'épaisseur du mur, ce qui est exceptionnel
sur le bâti ancien;
- le sol intérieur est plus haut que le sol
extérieur ; alors que, dans nos vieilles demeures, c'est
souvent l'inverse;
- les fondations démarrent à environ 60
cm en dessous du sol extérieur, afin qu'elles soient hors
gel ; elles sont souvent au niveau du sol, dans le
bâti ancien.
La solution retenue pour le
dallage est souvent la suivante :
Quelle est la fonction de chacun des
éléments?
- Le hérisson (25 à
30 cm), s'il est correctement effectué,
c'est-à-dire uniquement avec des matériaux de
même granulométrie constitués de gros
éléments, empêche la
remontée d'eau par capillarité. Il doit
être efficacement compacté.
- La couche de sable (2 à 3
cm) évite la perforation du film de polyane, durant les
travaux [note 1].
- Le film de polyane empêche
les remontées d'humidité (double emploi avec le
hérisson).
- L'isolant périphérique
(1 m de large) évite le pont thermique sur le pourtour du
bâtiment. Au centre, il n'y a pas ou peu de
déperdition, tout au plus il y a accumulation de chaleur
(inertie).
- La dalle de béton, avec
treillis. Elle répartit les charges d'exploitation. Sur le
sol qui n'est pas forcément homogène, car peu ou
mal compacté notamment en présence d'isolant sur
la périphérie.
- La couche de sable (1 cm)
évite la fissuration du carrelage, en le
désolidarisant de la dalle si celle-ci venait à
travailler. Elle pourra être portée à 3
cm pour noyer les câbles électriques et
canalisations.
- La chape maigre. Elle sera d'autant
plus épaisse que le carreau est irrégulier
(grès étiré, terres cuites, pierres
naturelles).
- Le carrelage sert de surface d'usure,
en apportant un aspect esthétique.
On arrive ici à une "hauteur" de 38 cm en moyenne.
Transposition au bâti ancien
Dans le cas d'humidité, il convient de
résoudre en priorité ce problème.
Nous avons vu que le hérisson n'est efficace que
s'il est bien réalisé, c'est-à-dire
sans éléments fins, d'une épaisseur
suffisante, sans sable en couverture et très
correctement compacté, ou réalisé avec
un matériau incompressible (ex : gros galets
roulés). Si toutes ces conditions sont réunies,
et dans la mesure où cela ne nous
amène pas à déchausser les fondations,
on peut le conserver.
Par contre :
- En mettant un polyane en place, on va concentrer
l'humidité sur la périphérie, vers les
murs. Ces murs n'étant pas isolés par une coupure
de capillarité, l'humidité sera alors plus forte
en ce point déjà souvent critique.
- En l'éliminant, nous éliminons
également la couche de sable de 2 à 3 cm,
destinée à le protéger des
perforations.
- Les murs étant d'une largeur souvent
supérieure à 65 cm, et le sol
intérieur plus bas que l'extérieur, il n'existe
pas ou peu de pont thermique, rendant donc discutable l'isolant
périphérique.
- La dalle de béton est destinée
à répartir les charges sur l'isolant, ou les
parties mal compactées.
Les décennies d'usage ont généralement
compacté les sols en terre battue, leur permettant de
reprendre correctement les surcharges d'exploitation qui seront
d'ailleurs souvent plus faibles que dans les utilisation
précédentes. Cette dalle n'a donc plus raison
d'être.
- la couche de sable de désolidarisation n'a plus
raison d'être, elle non plus.
 |
1 - drain éventuel (voir page sur le drainage)
2 - joint souple périphérique
3 - gravier pour rattraper les dénivelés
4 - chape maigre
5 - carreaux |
En résumé, il suffira souvent, et
notamment si la pièce ne présente pas de
problèmes d'humidité :
- de réaliser un hérisson comme
décrit précédemment. Il est en effet
dangereux de ne pas avoir de rupture de capillarité sur
toutes les surfaces risquant d'être en contact avec le
complexe chape terre cuite. [note 2]
On a intérêt à utiliser du 40-70, mais il est difficile à mettre en place, on peut lui préférer le 20-40, mais il faut veiller
à sa propreté. Épaisseur : 20 cm sont nécessaires, ou 25 avec du 40-70. Le roulé est préférable au concassé, car les points de contact
sont réduits au minimum.
- de réaliser le carrelage sur une chape de
mortier maigre [note 3],
voire sur terre comme cela a souvent été fait
pour les carreaux de terre cuite, en désolidarisant le tour
des murs par un matériau compressible.
Ceci nous permettra de conserver certains des avantages de la
terre
battue, et surtout évitera de creuser plus bas que le
dessous de la fondation, mettant en
cause la stabilité de l'édifice.
Notons de surcroît que si des
terrassements sont exécutés, ils ont pour but
d'assécher l'édifice, et, par
conséquence, de diminuer le taux d'humidité du
sol sous la fondation, modifiant par là
même sa cohésion, et entraînant au
minimum un tassement. Si
toutefois on tient à terrasser en dessous de la fondation,
une reprise en sous-oeuvre,
très onéreuse, est indispensable.
Notes :
[1] si le
hérisson fonctionne bien, le sable va se
dessécher et s'infiltrer entre les pierres :
l'humidité pourra à nouveau monter par
capillarité, il y aura création d'un vide sous la
dalle...
[2] ce gravillon peut
être remplacé par certains
matériaux isolants peu sensibles à l'eau (ex :
billes de verre argile expansé, dont il
faut toutefois vérifier leur tenue dans le temps en
présence d'humidité, dans le cas
où leur surface extérieure n'est pas suffisamment
fermée) et ayant une bonne
résistance mécanique à la compression.
[3]
préférer un carreau permettant à l'eau
de migrer (ex : terre
cuite), et une chape maigre (5 à 7 brouettes pour 40 l de
liant) constituée d'un sable ayant
peu de fines ; en effet, le liant sert juste à
assurer la cohésion du sable, qui est
lui-même incompressible. Cette chape maigre
évitera également certaines fissurations
sur le carreau lui-même.
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