Cela valait-il le coup de consacrer une page sur ce thème, sur cet élément d'architecture si insignifiant ?
Peut-être pas, mais, voir ce genre de détail participe déjà d'une approche respectueuse du bâti ancien, car il est la trace tangible de la construction même de ce bâti !
Faisons connaissance :
Les trous de boulins ont ici été entourés d'une ellipse orange pour mieux les repérer. On constate qu'il s'agit de trous, ouverts ici (c'est pourquoi ils sont intéressants car parfaitement repérables), régulièrement espacés, et espacés en hauteur d'un bon mètre.
Ces trous servaient, au moment de la construction,
à glisser
un boulin, ou pièce de bois qui dépassait de
chaque côté du mur, de quoi
soutenir un plancher pour le travail ; des
éléments verticaux de bois, fixés
en bout du boulin, complétaient l'édifice.
A la fin des travaux, le tout était
démonté, et les trous rebouchés, mais
d'une simple pierre verticale de chaque côté.
C'était donc l'échafaudage, tout simple, de l'époque. On en rencontre toujours dans les pays pauvres.
Un trou de boulin peut s'avérer être extrêmement utile pour une évacuation d'air : hotte, sèche-linge, etc.
Illustration :
Les traits noirs horizontaux de chaque
côté de l'image
montrent les levées, correspondant à un travail
journalier.
Les deux trous de boulins visibles ont été
entourés d'une ellipse noire, et
celui de droite a donc été
aménagé pour une évacuation d'air.
En à peine deux heures de temps, il est donc possible d'ouvrir le trou, et de l'aménager pour un usage contemporain !
Notons que de nombreux ouvrage ont tendance à baptiser des trous de pigeon "trou de boulin". Ceci nous semble une erreur : le boulin étant une pièce de bois d'abord puis quelques fois métallique plus tard, placé horizontalement et servant à supporter le platelage. Le trou est tout droit dans l'épaisseur du mur, alors qu'un trou de pigeon comporte un renflement servant d'abri à celui-ci.
Cette technique peut s'avérer bien utile, comme en altitude :
(voir la page sur le chantier de construction de la cabane de bergers en Ariège)
La célèbre mosquée de Djenné au Mali :
est entretenue chaque année, à la fin de la saison des pluies :
et c'est l'occasion d'une grande fête!
Au Burkina Fasso :
Zoom sur les échaffaudages :
Photos Maël Bellec